Kinshasa multiplie les démarches diplomatiques autour d’un plan de dissolution volontaire du groupe armé, une initiative que Kigali juge dangereuse et trompeuse.

Plus d’un an après la signature de l’accord de paix de Washington, le 27 juin 2025, le dossier du démantèlement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) — cette milice fondée par des responsables du génocide de 1994 contre les Tutsi — reste dans l’impasse.

Une nouvelle initiative portée conjointement par le gouvernement congolais et le groupe armé suscite désormais la méfiance de Kigali et de plusieurs observateurs, qui y voient une manœuvre destinée à modifier les termes de l’accord plutôt qu’à le mettre en œuvre.

Depuis le 13 juillet 2026, le ministre congolais chargé de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni Isiloketshi, sillonne le continent et l’Europe : Ouganda, Togo, Burundi, Tanzanie, avant de se rendre en Belgique, en France et auprès des institutions européennes à Bruxelles. Officiellement, ces déplacements portent sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.

Mais selon plusieurs sources, dont Jeune Afrique, les émissaires du président Félix Tshisekedi profitent de ces rencontres pour présenter un document destiné à convaincre les partenaires régionaux et occidentaux que Kinshasa agit réellement contre le FDLR — alors même que la pression internationale s’accentue, notamment depuis que le conseiller américain pour l’Afrique, Massad Boulos, a dénoncé fin juin devant le Conseil de sécurité de l’ONU le non-respect par la RDC de ses engagements.

Le texte présenté par le ministre Anzuluni émane de Victor Byiringiro, une figure politique du FDLR, et propose un scénario de désarmement volontaire du groupe à l’issue d’une campagne de sensibilisation menée par les autorités congolaises.

Transmis au président Tshisekedi le 30 mai 2026, ce plan écarte l’option militaire au profit d’un règlement politique, prévoit l’hébergement des combattants dans des sites protégés, et refuse tout rapatriement forcé vers le Rwanda.

Les membres réticents à rentrer seraient plutôt réinstallés, avec leurs familles, dans des pays tiers.

Pour Kinshasa, ce plan retirerait à Kigali tout argument pour continuer à soutenir la coalition AFC/M23, que le Rwanda considère de son côté comme un mouvement rebelle purement congolais.

Le Rwanda rejette catégoriquement cette lecture.

Le ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, cité par le quotidien belge La Libre, a dénoncé une tentative de faire du FDLR une partie prenante de l’accord, estimant que « toute tentative d’y introduire des éléments supplémentaires visant à présenter le FDLR comme une partie à l’accord est inacceptable ».

Plusieurs analystes rappellent que ce n’est pas la première fois que le FDLR annonce sa propre dissolution.

Le politologue Bob Kabamba, de l’Université de Liège, évoque le précédent de l’ALiR, dissous en 2000 sous Laurent-Désiré Kabila avant que le FDLR n’émerge à sa suite.

Selon lui, rien n’empêche qu’un nouveau groupe portant la même idéologie ne réapparaisse après une éventuelle dissolution actuelle, un scénario que Kigali refuse d’envisager compte tenu de ce précédent.

Depuis le début de l’année, Tshisekedi envisagerait même un simple changement de nom du mouvement, qui deviendrait le Front commun pour la libération rwandaise (FCLR), sans changement de structure ni d’idéologie.

Pour Kabamba comme pour Nduhungirehe, l’enjeu n’est pas le nombre de combattants — estimé entre 2 000 et 3 000 selon les analystes, mais revendiqué à plus de 10 000 par le groupe lui-même dans le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU — mais bien l’idéologie génocidaire qui continue d’animer ses cadres.

Sur le terrain, la RDC poursuit par ailleurs ses préparatifs militaires dans les deux Kivu.

Kigali affirme que l’armée congolaise, qui avait annoncé fin mars 2026 vouloir démanteler le FDLR, aurait au contraire livré des armes supplémentaires au groupe deux jours plus tard — une accusation que Kinshasa réfute, assurant que ses contacts avec la milice visent uniquement à obtenir sa reddition.

La tournée du ministre Anzuluni s’est poursuivie fin juillet, avec des rencontres au Burundi, en Tanzanie, en Belgique, auprès de la présidence française, de l’Union européenne et, le 24 juillet, du président sud-africain Cyril Ramaphosa.