
À Nyarugusu, l’aube ne révèle plus des abris mais des ruines. En l’espace de deux jours, plus de 3 000 habitations de réfugiés burundais ont été rasées, plongeant des centaines de familles dans l’errance.
Officiellement, il s’agit d’« accompagner » un rapatriement volontaire.
Dans les faits, la méthode employée par les autorités tanzaniennes, avec la bénédiction tacite du HCR, ressemble davantage à une stratégie de la peur qu’à une politique de protection.
Les zones 12 et 13 du camp ont été les premières ciblées.
Des maisons détruites à coups de bulldozers, des bureaux administratifs rasés, des ordres secs intimant aux familles de s’inscrire sur des listes de retour : tout concourt à faire comprendre qu’il n’existe plus d’alternative.
Ceux qui ont tenté de protester évoquent l’usage de gaz lacrymogènes et des arrestations pour « trouble à l’ordre public ». La précarité devient ainsi un outil de persuasion, transformant le refus de partir en faute à sanctionner.
Le discours officiel parle de bus prêts pour un rapatriement massif et d’un calendrier à respecter.
Cette logique comptable, assumée lors de la récente réunion de la Commission tripartite, révèle une inquiétante dérive : atteindre des quotas hebdomadaires semble désormais primer sur l’évaluation réelle des risques encourus par les personnes renvoyées.
Les réfugiés, eux, décrivent des retours dictés par la peur de dormir à la belle étoile plutôt que par une conviction intime que leur sécurité est garantie au Burundi.
Le rôle du HCR interroge profondément.
En affirmant que la quasi-totalité des réfugiés n’auraient plus besoin de protection internationale, l’agence onusienne semble avoir troqué son mandat de gardienne du droit d’asile contre une posture d’accompagnatrice des décisions étatiques.
Les entretiens présentés comme « individuels » sont perçus par les réfugiés comme des instruments de pression, vidant de sa substance le principe du consentement libre et éclairé.
L’ombre de Mtabila plane sur Nyarugusu et Nduta. En 2012, un rapatriement forcé avait coûté la vie à plusieurs personnes.
Répéter aujourd’hui ce scénario, sous un habillage administratif, serait une faute morale et juridique majeure.
En fermant définitivement les camps d’ici mars 2026, la Tanzanie prend le risque de violer le principe fondamental de non-refoulement, tandis que le HCR risque d’y perdre ce qui fonde sa légitimité : la protection des plus vulnérables, même lorsque cela dérange les agendas politiques.
