
Dans les enceintes du centre jésuite Yezu Munyakigongwe à Rohero, un centre de traitement de substitution aux opiacés (TAO) a ouvert ses portes, 26 août, marquant une avancée majeure dans la lutte contre les addictions et leurs conséquences.
Fruit d’un investissement de 150 000 dollars, financé par le Fonds mondial et soutenu par le PNUD et l’expertise française, ce centre est bien plus qu’un simple dispositif médical : il incarne un espoir pour une population longtemps marginalisée et stigmatisée.
La consommation de drogues, en particulier injectable, expose à des risques graves, allant du VIH aux hépatites B et C, en passant par la tuberculose.
Les chiffres sont sans appel : selon l’enquête IBBS de 2021, 15,3 % des usagers de drogues sont porteurs du VIH, avec des pics inquiétants à Bujumbura et dans le sud du pays.
Le nouveau centre se veut donc un sanctuaire, un lieu d’accueil et de soins adaptés pour ceux que la société tend à oublier.
Lors de la cérémonie d’inauguration, Dr Olivier Nijimbere, secrétaire permanent au ministère de la Santé publique, a insisté sur l’importance de cette initiative.
« C’est un signal d’espoir pour la population burundaise. »
Il a rappelé que le centre vise à accompagner les usagers vers l’abandon de la drogue, contribuant ainsi aux objectifs d’ONUSIDA pour le contrôle du VIH, en ciblant particulièrement les usagers de drogues injectables, les personnes vivant avec le VIH ou la tuberculose, celles présentant des troubles psychiatriques, mais aussi les détenus et les habitants des zones urbaines à forte vulnérabilité.
Le Père Pascal Bihorubusa, directeur du service Yezu Mwiza, a exprimé sa fierté : « C’est un honneur pour nous et pour nos partenaires. Ce centre renforce notre mission dans la lutte contre le VIH et d’autres maladies infectieuses. »
Pourtant, il reconnaît les défis qui restent à relever. La demande est déjà supérieure aux capacités prévues : sur 150 places initialement disponibles, 115 bénéficiaires ont déjà été inscrits, laissant de nombreux autres en attente.
L’extension du programme dans d’autres provinces, notamment Gitega, reste un objectif, mais le financement reste limité.
Au-delà de l’aspect médical, l’enjeu social et économique est immense.
Taïb Diallo, économiste principal au PNUD-Burundi, rappelle que la consommation de drogues affecte non seulement l’individu, mais aussi sa famille et son environnement, freinant le développement socio-économique du pays.
Les jeunes restent particulièrement vulnérables, et la consommation de substances psychoactives ne cesse de croître, touchant désormais toutes les tranches d’âge.