Lorsque l’on évoque les réfugiés, les images qui viennent souvent à l’esprit sont celles de la vulnérabilité, de l’assistance humanitaire et de la dépendance. Pourtant, à Muhanga, dans le sud du Rwanda, une organisation fondée par des réfugiés burundais raconte une autre histoire : celle de l’engagement, du travail et de la contribution au développement communautaire.

Lors des Open Days du Forum d’Action Conjointe pour le Développement (JADF), le Forum pour la Mémoire Vigilante (FMV) figurait parmi les organisations invitées à présenter leurs réalisations aux côtés d’autres acteurs du développement.

Une présence qui illustre la place que peuvent occuper les réfugiés lorsqu’un environnement leur permet de mettre leurs compétences au service de la société.

Pour Ferdinand Ndayiragije, représentant légal du FMV, cette participation est une reconnaissance du travail accompli par une organisation créée majoritairement par des réfugiés burundais et régie par la loi rwandaise.

« L’organisation a été créée dans la majorité par des réfugiés burundais avec une vision d’éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes, satisfaire les besoins fondamentaux de la population et garantir la prospérité pour tous », explique-t-il.

Mais pour le FMV, la pauvreté ne se limite pas au manque de ressources matérielles. Elle englobe également le manque d’éducation, de valeurs et d’opportunités. C’est pourquoi l’organisation intervient dans plusieurs domaines, notamment l’éducation, la santé, la culture, les langues, l’environnement et l’énergie.

Depuis plusieurs années, le FMV accompagne notamment la scolarisation d’enfants vulnérables grâce au soutien de partenaires internationaux.

Face à la diminution récente des financements humanitaires, l’organisation a choisi d’explorer une nouvelle voie : l’entrepreneuriat social.

Ainsi est née SURAM Ltd, une entreprise créée sous l’impulsion du FMV et active dans les secteurs de la construction, du tourisme et du courtage.

Son premier projet, consacré à la cuisson propre et soutenu par le HCR, a d’ailleurs été présenté lors des Open Days de Muhanga.

Pour Ferdinand Ndayiragije, cette démarche répond à une conviction simple : les réfugiés ne doivent pas être considérés uniquement comme des bénéficiaires d’aide.

« Un réfugié est une personne normale dans une situation anormale », affirme-t-il.

Selon lui, les réfugiés disposent de compétences, d’expériences et de savoir-faire qui peuvent contribuer au développement économique et social lorsqu’ils bénéficient d’un environnement favorable.

L’exemple du FMV en est une illustration concrète.

L’organisation crée des emplois, travaille avec des réfugiés comme avec des citoyens rwandais et participe à l’économie nationale à travers ses activités.

« Parmi les réfugiés, il y a des docteurs, des experts et des spécialistes. Nous sommes capables de beaucoup de choses. Il suffit de nous donner l’espoir et l’opportunité de travailler », souligne Ferdinand.

Cette opportunité, il estime l’avoir trouvée au Rwanda.

Il remercie les autorités rwandaises pour un cadre légal qui permet aux réfugiés de travailler, d’entreprendre et de participer pleinement à la vie économique et sociale du pays.

Au-delà de ses projets, le FMV porte également un message d’espoir.

Face aux difficultés que traversent de nombreux réfugiés, Ferdinand Ndayiragije appelle à la persévérance, au travail et au maintien des valeurs positives.

« Si tu as la paix et la sécurité, ce qui te reste, c’est de travailler. Il ne faut pas croiser les bras. Le travail est le combat de tous les jours. »

À Muhanga, le Forum pour la Mémoire Vigilante rappelle ainsi une réalité souvent oubliée : le statut de réfugié ne définit pas les capacités d’une personne.

Lorsqu’on leur en donne la possibilité, les réfugiés peuvent eux aussi créer des organisations, développer des entreprises, générer des emplois et contribuer activement au développement des communautés qui les accueillent.

Retrouvez ici l’interview complète de Ferdinand Ndayiragije, représentant légal du Forum pour la Mémoire Vigilante, dans ce troisième épisode de Au-delà de l’exil

Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.