Alors que l’intelligence artificielle (IA) redessine les contours des économies mondiales, le Nigeria s’apprête à franchir un pas historique vers une gouvernance technologique qui pourrait inspirer tout le continent.

Au cœur de cette dynamique se trouve le National Digital Economy and E-Governance Bill, un projet de loi ambitieux que les législateurs nigérians devraient adopter d’ici mars 2026.

Ce texte va bien au-delà d’une simple mise à jour réglementaire : il vise à créer le premier cadre juridique complet de régulation de l’IA à l’échelle nationale en Afrique.

Pour la directrice générale de l’Agence nationale pour le développement des technologies de l’information (NITDA), Kashifu Inuwa Abdullahi, cette loi est une réponse proactive aux défis et aux opportunités d’un secteur en pleine explosion.

« La régulation ne consiste pas seulement à encadrer, mais à façonner les comportements économiques et sociaux pour que l’IA serve le bien public », a-t-il récemment expliqué lors d’un forum international.

Le cadre proposé introduit un système de classement des technologies selon leur niveau de risque, exigeant des évaluations d’impact pour les applications dans des secteurs sensibles comme la santé, la finance ou les services publics.

Les développeurs devront également s’enregistrer et obtenir des licences pour déployer leurs technologies, tandis que des mécanismes d’audit et de transparence sont prévus pour garantir l’équité, la non-discrimination et le respect de la vie privée.

Dans un contexte où l’IA est déjà utilisée pour détecter la fraude financière, améliorer l’accès au crédit ou optimiser des services agricoles, les régulateurs nigérians cherchent un équilibre entre encouragement de l’innovation et protection des citoyens.

Selon Inuwa, une telle régulation peut aider à renforcer la confiance entre gouvernements, entreprises et citoyens.

Cette démarche s’inscrit dans une stratégie nationale plus vaste qui inclut des programmes de formation, comme le 3 Million Technical Talent (3MTT), visant à développer des compétences locales et à préparer la jeunesse nigériane à l’économie numérique de demain.

Au-delà de la seule sphère réglementaire, le Nigeria mise aussi sur la recherche et l’écosystème local, avec des initiatives telles que le National Centre for Artificial Intelligence and Robotics qui favorise l’innovation pratique en IA, cybersécurité et technologies émergentes.

Des partenaires internationaux, comme l’UNESCO, ont renforcé cette dynamique en formant des fonctionnaires nigérians à la transformation digitale et à l’éthique de l’IA, reconnaissant l’importance d’une gouvernance éclairée pour des services publics plus efficaces.

À l’aube de l’adoption de ce cadre législatif, le Nigeria ne se contente plus de suivre le mouvement : il le façonne, incarnant une vision africaine de l’IA où innovation, inclusion et responsabilité sociale vont de pair.