
À Kigali, une nouvelle alliance universitaire veut changer la manière dont les futurs médecins d’Afrique sont formés — et, à terme, la manière dont les systèmes de santé du continent fonctionnent.
Ce lundi 27 avril, dans une salle remplie d’universitaires, de chercheurs et de partenaires internationaux, le lancement du Global Health Hub a marqué un moment que plusieurs participants ont décrit comme “un tournant discret mais stratégique” pour la formation médicale dans la région.
Derrière ce nom ambitieux, une idée simple : quatre universités, venues de contextes différents mais unies par les mêmes défis, décident de mutualiser leurs forces.
Il s’agit de l’Université du Rwanda (UR), de l’Université de la Santé Globale et de l’Équité (UGHE), de l’INES-Ruhengeri, et de l’Université d’Aarhus au Danemark.
Plutôt que de travailler en parallèle, ces institutions choisissent de construire ensemble un espace commun pour la formation, la recherche et l’innovation en santé.
Pour le professeur Abraham Haileamlak Mitike, du Collège de médecine et des sciences de la santé de l’Université du Rwanda, cette initiative répond à un besoin très concret.
« Nous voulons améliorer la façon dont nous enseignons, formons et encadrons les futurs professionnels de santé. Cela passe par de nouvelles méthodes pédagogiques, mais aussi par une meilleure intégration de la recherche dans la pratique », explique-t-il.
Dans les couloirs de l’événement, plusieurs enseignants évoquent les défis auxquels ils font face au quotidien : classes surchargées, besoins croissants en formation spécialisée, et systèmes de santé sous pression.
Le Hub, selon eux, arrive à un moment où les réponses traditionnelles ne suffisent plus.
L’une des ambitions fortes du projet est le renforcement des programmes doctoraux.
Aujourd’hui encore, le nombre de chercheurs hautement qualifiés reste limité dans plusieurs disciplines médicales en Afrique de l’Est. Le partenariat prévoit donc de revoir les curricula, d’améliorer l’encadrement et de favoriser des co-supervisions entre universités.
Mais au-delà des structures académiques, le projet mise aussi sur les échanges humains.
Étudiants et enseignants devraient pouvoir circuler entre les institutions partenaires, découvrir d’autres environnements d’apprentissage et confronter leurs pratiques.
Pour un étudiant en médecine présent lors du lancement, cette ouverture est essentielle : « On apprend beaucoup en classe, mais voir comment d’autres systèmes fonctionnent change complètement notre façon de penser la médecine », confie-t-il.
Le Global Health Hub s’inscrit également dans une dynamique nationale plus large.
Il vient appuyer la stratégie du Rwanda visant à renforcer massivement son personnel de santé dans les prochaines années, notamment à travers la formation accélérée et la modernisation des outils pédagogiques.
Pour les partenaires internationaux, comme l’Université d’Aarhus, la logique est celle d’un échange mutuel.
« Ce n’est pas un transfert unidirectionnel de connaissances. Chaque institution apporte quelque chose », souligne le professeur Per Kallestrup.
« Ensemble, nous pouvons former de meilleurs professionnels de santé, capables de répondre aux défis actuels. »
Ces défis sont nombreux : maladies émergentes, santé mentale, inégalités d’accès aux soins, ou encore impacts du changement climatique sur les systèmes de santé.
L’ambition affichée est de former des médecins et chercheurs capables de penser ces problèmes de manière globale, tout en agissant localement.
À plus long terme, le Hub espère toucher des dizaines de milliers d’étudiants et former de nouveaux docteurs en médecine et en sciences de la santé dans la prochaine décennie.
Mais au-delà des chiffres, c’est une vision qui se dessine : celle d’un réseau académique africain plus connecté, plus collaboratif, et davantage tourné vers les solutions.
