Les pays d’Afrique de l’Est accélèrent leurs réflexions autour d’un projet d’envergure régionale visant à renforcer leur souveraineté énergétique. Le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie envisagent en effet la mise en place d’une raffinerie pétrolière commune afin de réduire leur forte dépendance aux importations de carburant, un fardeau économique qui ne cesse de s’alourdir.

C’est à Nairobi, lors d’un sommet sur le développement des infrastructures, “The Africa We Want Summit”, que le président kényan William Ruto a évoqué la mise en place de cette raffinerie régionale, dont l’implantation est envisagée à Tanga, en Tanzanie.

Il a clairement affiché l’ambition collective derrière ce projet, déclarant : « Nous allons développer une raffinerie pétrolière commune à Tanga pour le bénéfice de tous. »

L’installation permettrait notamment de traiter le brut en provenance de pays voisins comme la République démocratique du Congo ou le Soudan du Sud.

Au-delà de la volonté politique, le projet attire déjà des acteurs majeurs du secteur industriel.

L’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote s’est dit prêt à accompagner cette dynamique, fort de son expérience avec la plus grande raffinerie d’Afrique.

Il a ainsi assuré que, si les États s’engagent fermement, « une infrastructure similaire à celle du Nigeria pourrait être construite en quatre à cinq ans ».

Une déclaration qui souligne à la fois la faisabilité technique du projet et la nécessité d’une coordination politique solide.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte paradoxal pour le continent africain.

Bien que productrice d’environ 10 % du pétrole mondial, l’Afrique reste fortement dépendante des importations de produits raffinés, avec une facture annuelle dépassant les 90 milliards de dollars.

Pour William Ruto, cette situation représente un manque à gagner considérable.

Il estime que la transformation locale du pétrole brut pourrait générer plus de 500 milliards de dollars par an, contre environ 270 milliards actuellement, soit une perte potentielle de l’ordre de 230 milliards.

Les analyses de la Africa Finance Corporation confirment cette dépendance structurelle, indiquant que plus de 70 % du carburant consommé sur le continent est importé.

Ce déséquilibre ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’énergie, mais aussi d’autres produits essentiels comme les engrais, l’acier ou les plastiques.

Du côté de l’Ouganda, le président Yoweri Museveni défend depuis plusieurs années la pertinence d’investir dans des capacités de raffinage locales.

Revenant sur les débats ayant accompagné la découverte de pétrole dans son pays, il a rappelé que certaines compagnies internationales doutaient de la rentabilité de telles infrastructures.

Une position qu’il rejette, affirmant qu’« une raffinerie en Ouganda est en réalité très rentable », selon ses propres analyses.

Alors que l’Ouganda s’apprête à lancer sa production commerciale de pétrole, la question de la transformation locale devient de plus en plus centrale.

Pour les dirigeants de la région, il ne s’agit plus seulement d’exploiter les ressources, mais de capter davantage de valeur ajoutée.

Dans cette perspective, le recours aux financements locaux, notamment via les fonds de pension, est également évoqué comme un levier crédible pour soutenir ce type de projets structurants.

Au-delà des hydrocarbures, l’Afrique de l’Est dispose d’atouts considérables dans le domaine des ressources naturelles, notamment des minerais stratégiques indispensables à la transition énergétique mondiale.

Ce potentiel renforce l’intérêt d’une industrialisation accrue, dont une raffinerie régionale pourrait constituer l’un des piliers.

Si elle se concrétise, cette initiative marquerait un tournant pour la région, en combinant intégration économique, souveraineté énergétique et ambition industrielle.