Le Rwanda ne veut plus seulement importer un réacteur nucléaire : il veut construire les compétences capables de le comprendre, de le réglementer, de l’exploiter et, à terme, de contribuer à faire évoluer cette technologie sur le continent.

Cette ambition, inscrite dans la feuille de route sur la localisation de l’industrie nucléaire, prévoit de faire passer le nombre de professionnels nucléaires du pays d’environ 30 à 50 aujourd’hui à plus de 230 d’ici 2028.

Derrière ces chiffres se trouve un pari sur le capital humain.

Alors que le Rwanda prépare le déploiement de son premier petit réacteur modulaire (SMR) au début des années 2030, le pays cherche à éviter que son avenir nucléaire repose exclusivement sur une expertise venue de l’extérieur.

L’objectif est de former une génération de Rwandais capables de prendre part aux différentes étapes du projet, de la réglementation à l’exploitation, en passant par la recherche et la maintenance.

La tâche est ambitieuse.

Le pays doit développer des compétences en sûreté et sécurité nucléaires, ingénierie, exploitation des réacteurs, instrumentation et contrôle, physique des réacteurs, analyse thermo-hydraulique ou encore matériaux nucléaires.

Des spécialistes de la cybersécurité, des systèmes numériques, du contrôle qualité et de la construction seront également nécessaires.

Certaines de ces expertises pourraient demander dix à quinze ans pour atteindre un niveau pleinement établi.

C’est pourquoi la formation commence déjà à l’université.

En décembre 2025, l’Université du Rwanda, en partenariat avec le Rwanda Atomic Energy Board (RAEB), a lancé une licence de quatre ans en sciences et technologies nucléaires.

La première promotion compte 52 étudiants. Leur formation couvre notamment les techniques nucléaires, la radioprotection et la surveillance environnementale, avec des applications qui dépassent l’énergie pour toucher la médecine, l’agriculture et l’industrie.

Pour ces étudiants, le nucléaire peut ainsi devenir plus qu’un secteur énergétique : un champ de recherche, d’innovation et d’emplois hautement qualifiés.

Mais la montée en compétences ne s’arrêtera pas au premier diplôme.

Le Rwanda prévoit de renforcer les formations de master et de doctorat, les infrastructures de recherche et les collaborations avec des universités et institutions étrangères.

Des étudiants rwandais sont déjà formés en Russie dans des domaines comme la conception et l’exploitation des centrales, tandis que des partenariats avec la Hongrie, l’Agence internationale de l’énergie atomique et d’autres institutions contribuent à élargir les possibilités de formation.

Le pays projette même de transformer cette expertise en ressource régionale avec un futur hub de connaissances nucléaires destiné au Rwanda et à d’autres pays africains.

Le pari rwandais se joue donc bien avant la mise en service d’un réacteur.

Il consiste à faire émerger les femmes et les hommes qui pourront en assurer la sécurité, développer les connaissances et transmettre leur savoir à la génération suivante.

Autrement dit, construire une industrie nucléaire commence ici par construire ceux qui la feront fonctionner.