Trente ans après le massacre de 648 Tutsi sur le site des déplacés de Bugendana, la quête de vérité et de justice demeure au cœur des préoccupations des survivants et des familles des victimes.

Réunis dimanche 26 juillet à la paroisse de Bugendana, dans la province de Gitega, à l’occasion de la commémoration du trentième anniversaire de cette tragédie, ils ont dénoncé la persistance de l’impunité et appelé les autorités burundaises à établir les responsabilités dans l’un des épisodes les plus meurtriers de la guerre civile.

La cérémonie s’est déroulée dans un climat de recueillement, marqué par des prières et des témoignages.

Dans son homélie, le curé de la paroisse, l’abbé Deogratias Mvuyishanga, a insisté sur les valeurs de pardon, de réconciliation, d’unité et de coexistence pacifique.

Tout en invitant les fidèles à rejeter toute forme de violence et d’injustice, il a également lancé un appel à ceux qui auraient participé à la préparation ou à l’exécution du massacre afin qu’ils renoncent définitivement à la violence et contribuent à la consolidation de la paix.

Mais au-delà des messages de réconciliation, les interventions des représentants des rescapés ont rappelé que les blessures restent profondes.

Prenant la parole au nom des déplacés du site de Bugendana, Raphaël Nkurunziza a décrit un quotidien toujours marqué par la précarité.

Il a évoqué les logements inadaptés, particulièrement vulnérables pendant les saisons pluvieuses, les difficultés d’accès aux soins de santé ainsi que les obstacles rencontrés par de nombreuses familles pour assurer la scolarisation de leurs enfants.

Selon lui, les déplacés continuent également de subir une forme de marginalisation dans l’accès à certains programmes d’appui économique destinés aux populations rurales.

Les inquiétudes des survivants portent aussi sur l’avenir du site de Bugendana, visé par un projet de construction d’un aéroport international.

S’exprimant au nom des rescapés, Me Pascal Ntahonkuriye a affirmé que plusieurs familles subiraient des pressions pour quitter les lieux.

Il s’est interrogé sur le sort qui sera réservé à la fosse commune où reposent les victimes du massacre ainsi que sur les garanties qui seront offertes aux habitants toujours installés sur le site.

Pour les survivants, cette question dépasse le simple enjeu foncier : elle touche directement à la préservation de la mémoire collective.

Le même sentiment d’injustice a été exprimé par Me Prosper Ciza, représentant de l’Association A.C. Génocide Girimoso.

Selon lui, un retour définitif des déplacés sur leurs collines d’origine ne peut être envisagé tant que les auteurs présumés des massacres continuent, selon ses propos, de vivre en toute liberté.

Il a regretté que les événements de Bugendana n’aient pas occupé une place suffisante dans les travaux de la Commission vérité et réconciliation (CVR) et a plaidé pour une implication de la Cour pénale international, CPI, afin que les responsabilités soient enfin établies.

Les revendications formulées à Bugendana rappellent que, trois décennies après les faits, la recherche de la vérité demeure indissociable du processus de réconciliation. Pour les survivants, le pardon ne peut se construire durablement sans justice ni reconnaissance des crimes commis.

Le massacre de Bugendana reste l’un des épisodes les plus tragiques de la guerre civile burundaise. Les victimes étaient en majorité des déplacés tutsi ayant trouvé refuge sur ce site après les violences qui avaient suivi l’assassinat, en octobre 1993, du président Melchior Ndadaye, premier chef d’État hutu démocratiquement élu du Burundi.

Son assassinat avait plongé le pays dans une guerre civile qui allait durer plus d’une décennie et faire plus de 300 000 morts, selon les estimations des Nations unies.

Le 21 juillet 1996, le site de Bugendana a été attaqué par un important groupe d’hommes armés.

D’après les témoignages recueillis au fil des années, les assaillants sont arrivés de plusieurs directions avant de prendre d’assaut le camp, incendiant des habitations et poursuivant les civils qui tentaient de fuir.

Au terme de cette attaque, 648 personnes ont été tuées, principalement à l’arme à feu, à la grenade et à la machette.

À cette époque, les communes de Bugendana, Mutaho et Gihogazi se trouvaient sous le contrôle du Front pour la défense de la démocratie (FDD), mouvement rebelle devenu par la suite le CNDD-FDD, aujourd’hui au pouvoir.

Face aux préoccupations exprimées par les rescapés, les autorités communales ont tenté d’apporter un message d’apaisement.

Représentant l’administration, Saouris Ntakarutimana a assuré que les organisations de survivants et les responsables du site seraient associés aux discussions relatives au projet d’aéroport afin que leurs préoccupations soient prises en considération.

Il a également invité les déplacés à poursuivre leur participation aux activités de développement sur leurs collines d’origine, notamment à travers les cultures du café et de l’avocat, tout en les exhortant à préserver la paix et la cohésion sociale à l’approche de l’élection présidentielle prévue en 2027.