
Il y a des soirs où le football se plaît à écrire des histoires que la politique aurait préféré compliquer. Vendredi, à Kigali, le scénario avait presque quelque chose d’ironiquement parfait : un entraîneur burundais, Francis Haringingo, a conduit Rayon Sports au sacre de la CECAFA Kagame Cup, 28 ans après le premier titre du club, en renversant une équipe de Gor Mahia qui avait pourtant réduit l’APR FC, 5-0, au début du tournoi.
Haringingo n’avait pas parlé dans le vide avant cette finale. Il savait ce qui attendait ses hommes.
Gor Mahia possédait une jeunesse qui se connaissait, une circulation de balle huilée, une coopération capable de transformer quelques passes en danger immédiat.
Rayon Sports, lui, devait encore organiser ses nouveaux visages.
Le technicien burundais avait donc posé le problème avec lucidité : désorganiser l’organisation adverse, puis organiser la sienne pour que la coopération finisse dans le filet kényan.
Et il avait promis mieux qu’un simple match : un champion.
Promesse tenue.
Rayon Sports a finalement renversé Gor Mahia 2-1 après prolongation, pour décrocher son deuxième sacre régional après celui de 1998.
Le plus savoureux dans cette histoire est peut-être ailleurs.
Le Burundi n’était pas là. Le Burundais, dit Mbaya en son surnom, lui, était bien là.
Alors que l’absence du Burundi dans cette édition reste officiellement inexpliquée — aucune source consultée ne permet d’établir que la non-participation était motivée par le fait que la compétition se déroulait au Rwanda — son fils du football vient précisément de soulever le trophée à Kigali.
Une contradiction qui mérite d’interroger, sans fabriquer une vérité politique que les faits ne permettent pas encore de démontrer.
Car à force de laisser les tensions régionales entrer par la grande porte dans le sport, on finit parfois par oublier ce que le football sait faire de mieux : rapprocher ce que la politique éloigne.
Haringingo est Burundais. Rayon Sports est rwandaise. Gor Mahia est kényane.
Et pourtant, sur la pelouse, il n’y avait ni frontières ni communiqués diplomatiques : seulement onze contre onze, des passes, des erreurs, du courage et cette vieille loi du football qui rappelle que le favori d’hier peut devenir le battu de demain.
Le Burundi peut donc méditer cette image.
Pendant que sa sélection de clubs brillait par son absence, un de ses entraîneurs écrivait une page rwandaise de l’histoire du football régional.
Et peut-être est-ce là la plus belle revanche du ballon rond : là où les politiques dressent des murs, le football trouve encore des chemins de passe.
Rayon Sports avait attendu 28 ans.
Haringingo, lui, n’a pas attendu davantage : il avait promis un champion.
Il l’a livré.

