L’AFC/M23 conteste la manière dont le gouvernement congolais utilise le concept de « Genocost » pour désigner les souffrances liées aux violences qui frappent la République démocratique du Congo depuis plusieurs décennies.

Pour le mouvement politico-militaire, cette notion, présentée par Kinshasa comme un outil de mémoire et de reconnaissance des victimes, serait progressivement devenue un instrument politique qui détourne le débat des causes profondes de la crise dans l’Est du pays.

La mise au point a été faite le 4 août par Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, deux jours après la cérémonie de commémoration du « Genocost » organisée à Kinshasa sous le patronage du président Félix Tshisekedi.

Introduit par les autorités congolaises en 2022, le terme « Genocost » renvoie aux pertes humaines que le gouvernement associe à l’exploitation des ressources naturelles de la RDC et aux conflits armés qui ont ravagé le pays au cours des dernières décennies.

Kinshasa entend ainsi inscrire dans la mémoire nationale le lourd tribut payé par la population congolaise dans un contexte de guerres et d’instabilité persistantes.

L’AFC/M23 estime cependant que cette présentation tend à englober sous une même qualification juridique des violences de nature différente.

Bertrand Bisimwa considère que l’utilisation systématique du terme « génocide » pourrait, selon lui, brouiller la compréhension des crimes définis par le droit international et rendre plus difficile l’identification précise des responsabilités.

Au-delà de la terminologie, le mouvement estime que la question du « Genocost » détourne l’attention des facteurs qu’il considère comme étant à l’origine de la crise congolaise.

Il cite notamment les discriminations dont seraient victimes les Congolais tutsi et certaines populations kinyarwandaphones, la faiblesse des institutions publiques, la corruption, les problèmes de gouvernance ainsi que ce qu’il présente comme une crise de légitimité politique du pouvoir de Félix Tshisekedi.

Pour l’AFC/M23, la recherche d’une paix durable nécessite donc d’aller au-delà des commémorations et des récits politiques.

Le mouvement réclame une réflexion sur les mécanismes qui, selon lui, entretiennent les conflits et les tensions communautaires dans l’Est de la RDC.

Bertrand Bisimwa reproche également au récit porté par Kinshasa de ne pas accorder une place suffisante aux souffrances de certaines communautés de l’Est du pays.

Il cite notamment les Banyamulenge du Sud-Kivu, les Tutsi du Nord-Kivu et les Hema de l’Ituri, dont les populations ont, selon lui, été confrontées au fil des années aux violences, aux déplacements forcés et à diverses formes de persécution.

L’AFC/M23 met particulièrement en cause le FDLR, groupe armé issu en partie des anciens responsables du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994.

Le mouvement affirme que les violences attribuées à ce groupe et à d’autres acteurs contre certaines populations tutsi de RDC ne devraient pas être marginalisées dans les récits consacrés aux victimes des conflits congolais.

Ces accusations s’inscrivent toutefois dans un contexte de guerre où les différentes parties au conflit défendent des lectures profondément divergentes de l’histoire récente de la RDC, des causes des violences et de la responsabilité des acteurs impliqués.

Elles doivent donc être considérées comme la position de l’AFC/M23 dans le cadre de cette confrontation politique et militaire.

Le mouvement redoute par ailleurs que la manière dont la mémoire des violences est construite puisse accentuer les divisions entre communautés.

Il estime qu’une lecture sélective de l’histoire nationale pourrait favoriser la stigmatisation de certaines populations en fonction de leur origine, de leur langue ou de leur appartenance communautaire.

Malgré ses critiques, l’AFC/M23 affirme que les victimes des conflits congolais, quelle que soit leur communauté, leur province, leur langue ou leur religion, doivent bénéficier d’une égale reconnaissance.

Pour Bertrand Bisimwa, les personnes tuées, déplacées ou ayant subi des violences ont toutes droit à la vérité, à la justice et à la réparation.

Le mouvement plaide dès lors pour que l’établissement des responsabilités repose sur des enquêtes indépendantes et non sur des récits politiques.

Il évoque notamment l’ouverture des archives, la conduite de procédures judiciaires impartiales, la protection des témoins et le renforcement des institutions chargées de rendre justice.

Pour l’AFC/M23, la mémoire des victimes ne devrait donc pas être utilisée comme un instrument de confrontation politique.

Le mouvement estime que la stabilité de la RDC passe plutôt par l’établissement des faits, la détermination individuelle des responsabilités et l’application de la justice à tous les auteurs de crimes, sans distinction.