
Le Rwanda et l’Italie poursuivent des discussions autour d’un éventuel partenariat dans le domaine migratoire. Kigali assure toutefois qu’aucun accord n’a encore été conclu, alors que Rome explore de nouvelles coopérations avec plusieurs pays africains dans le cadre de sa stratégie visant à mieux gérer les migrations irrégulières vers l’Europe.
La confirmation est venue de la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, lors d’une interview accordée jeudi à Royal FM.
« Il n’y a pas encore d’accord. Nous sommes toujours en discussion », a-t-elle déclaré, alors que plusieurs informations faisaient état de l’intérêt de l’Italie pour le Rwanda dans le cadre de nouvelles initiatives migratoires.
Au centre des échanges figure notamment la possibilité de s’appuyer sur le Mécanisme de transit d’urgence (Emergency Transit Mechanism, ETM) établi à Gashora, dans le district de Bugesera.
Mis en place en 2019 en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ce dispositif accueille temporairement des demandeurs d’asile et des réfugiés vulnérables évacués de Libye.
Ces personnes y bénéficient notamment d’une prise en charge médicale, d’un accompagnement psychosocial et de formations professionnelles pendant que leur situation est examinée.
À l’issue de ce processus, elles peuvent être volontairement rapatriées dans leur pays d’origine ou réinstallées dans un pays tiers.
Selon Yolande Makolo, l’une des pistes actuellement étudiées avec l’Italie consiste précisément à développer ce modèle afin d’offrir un lieu sûr aux personnes qui fuient les conflits, les persécutions ou d’autres situations de danger.
« L’une des idées dont nous discutons concerne le Mécanisme de transit d’urgence que nous avons à Gashora, un endroit sûr pour les familles qui sont bloquées, qui n’ont nulle part où aller et qui sont en danger pour diverses raisons », a-t-elle expliqué.
Pour Kigali, l’expérience de Gashora constitue déjà un exemple concret de coopération internationale en matière de protection des personnes déplacées.
La porte-parole du gouvernement affirme que des milliers de personnes ont été accueillies dans le cadre du programme et qu’un grand nombre d’entre elles ont ensuite été réinstallées dans des pays tiers.
« Cela a très bien fonctionné. Cela a sauvé beaucoup de vies et beaucoup de familles, et nous pouvons en faire davantage », a-t-elle déclaré.
La volonté du Rwanda de participer à de tels mécanismes repose également, selon Makolo, sur l’histoire du pays.
Elle a rappelé que le Rwanda a lui-même connu d’importants déplacements de populations, notamment à la suite du génocide contre les Tutsi de 1994, avant que de nombreux réfugiés ne regagnent progressivement le pays pour participer à sa reconstruction.
Cette expérience aurait contribué à façonner la politique rwandaise envers les personnes contraintes de quitter leur pays.
Le Rwanda accueille aujourd’hui plus de 100 000 réfugiés, principalement originaires de la République démocratique du Congo et du Burundi. Ils peuvent notamment travailler, accéder aux soins de santé et s’intégrer dans les communautés qui les accueillent tout en bénéficiant d’une protection.
Kigali affirme ainsi travailler depuis plusieurs décennies avec des organisations internationales pour protéger les personnes forcées de fuir leur domicile.
Pour le gouvernement rwandais, cette implication s’inscrit dans la recherche d’une réponse internationale à un phénomène qui dépasse largement les frontières d’un seul pays.
« La migration irrégulière est un problème mondial, et le Rwanda a toujours fait sa part en tant que membre de la communauté internationale », a souligné Yolande Makolo.
Les discussions avec l’Italie interviennent dans un contexte plus large de recherche de nouvelles solutions européennes face à l’immigration irrégulière. Selon des informations publiées en Italie le 4 août, le gouvernement de la Première ministre Giorgia Meloni cherche notamment à mettre en place des centres pilotes de retour dans des pays tiers.
Ces centres s’inscriraient dans une stratégie européenne plus large visant à améliorer la gestion des migrations irrégulières et à faciliter le retour de certaines personnes vers leur pays d’origine.
Le Rwanda figure, avec l’Ouganda et le Ghana, parmi les trois pays africains cités comme possibles partenaires pour ces centres pilotes.
Selon les informations rapportées en Italie, les structures pourraient être gérées conjointement par plusieurs pays européens et financées par l’Union européenne.
À ce stade, toutefois, aucun accord définitif n’a été annoncé entre Kigali et Rome.
Les modalités d’une éventuelle coopération restent donc à définir, tandis que les discussions se poursuivent.
Yolande Makolo reconnaît que les partenariats migratoires sont souvent sujets à controverse, mais elle défend la décision du Rwanda de continuer à s’engager sur cette question.
Elle rappelle notamment le précédent partenariat conclu avec le Royaume-Uni, un projet finalement abandonné après que le nouveau gouvernement britannique a décidé de mettre fin à cette politique.
Selon Kigali, cette initiative visait avant tout à offrir protection et perspectives à des personnes en situation de vulnérabilité.
Pour Makolo, il n’y a rien de répréhensible à offrir à des personnes en difficulté un endroit où vivre et les moyens nécessaires pour reconstruire leur existence.
Le gouvernement rwandais insiste également sur la nécessité de réduire les risques auxquels sont exposés les migrants africains qui empruntent des routes dangereuses à travers le Sahara et la Méditerranée pour rejoindre l’Europe.
« Nous ne voulons pas que des Africains entreprennent des voyages dangereux à travers le désert et meurent en Méditerranée », a déclaré Makolo, estimant que les jeunes Africains devraient pouvoir vivre sur leur continent et contribuer à son développement.
Pour Kigali, une éventuelle coopération avec l’Italie pourrait ainsi s’inscrire dans une approche plus large combinant protection des personnes vulnérables, lutte contre les dangers liés aux parcours migratoires irréguliers et recherche de solutions internationales à la question des déplacements forcés.
