
« Quoi qu’il arrive, je devais travailler. Pour un réfugié, la vie continue et nous devons travailler. » Pour Obed Arakaza, photographe et vidéographe vivant au camp de Mahama, cette détermination a été le point de départ d’un parcours construit avec peu de moyens, mais beaucoup de débrouillardise.
Formé à Kigali, il a progressivement transformé sa passion pour l’audiovisuel en activité professionnelle, tout en transmettant aujourd’hui son savoir-faire à d’autres jeunes du camp.
Au camp de Mahama, dans le district de Kirehe, à l’Est du Rwanda, les parcours professionnels des réfugiés racontent parfois une réalité loin des clichés qui les présentent uniquement sous l’angle de la vulnérabilité ou de la dépendance.
Celui d’Obed Arakaza en est une illustration.
Photographe, vidéographe et designer, il exerce aujourd’hui son métier au sein du camp.
Mais son parcours professionnel n’a pas commencé avec un studio équipé ou un matériel à sa disposition. Il a d’abord fallu apprendre, chercher des solutions et surtout trouver le moyen de continuer à travailler malgré les contraintes.
Obed pratique l’audiovisuel depuis quatre ans, après avoir suivi une formation à Kigali.
À son retour à Mahama, une difficulté majeure l’attend : il ne dispose ni d’un espace de travail ni du matériel nécessaire pour exercer son métier.
Plutôt que d’abandonner, il s’appuie sur les relations nouées pendant sa formation. Des camarades acceptent de lui prêter leur matériel. L’un lui confie une caméra pour ses prises de vue pendant la journée, tandis qu’un autre lui permet d’utiliser son ordinateur le soir pour effectuer ses montages.
Cette organisation lui permet de commencer à travailler avec les moyens disponibles.
Puis vient un autre choix déterminant.
Un ami lui suggère de vendre son téléphone portable, dont la valeur dépassait cent mille francs, afin d’acheter son propre ordinateur. Obed accepte de se séparer de son téléphone pour investir dans son activité.
Un autre ami lui offre ensuite un petit espace dans son établissement. Il peut y installer son ordinateur et utiliser également une imprimante pour produire ses photographies.
Petit à petit, ce qui n’était au départ qu’une activité exercée avec des moyens limités prend la forme d’un véritable métier.
« J’ai continué à avancer avec force et courage, jusqu’à ce que je puisse finalement trouver mon propre emplacement. Aujourd’hui, je suis bien installé », explique-t-il.
Cette progression ne repose donc pas uniquement sur l’accès à du matériel.
Elle témoigne aussi d’une capacité à utiliser les ressources disponibles, à solliciter son réseau et à investir progressivement dans son propre travail.
Aujourd’hui, l’activité d’Obed lui permet de générer des revenus à travers les prestations de photographie, de vidéographie et de design. Mais son travail ne s’arrête pas à ses propres activités.
Dans le camp, de nombreux jeunes passionnés par l’audiovisuel viennent également vers lui pour apprendre. Obed leur transmet les bases de son métier et leur permet ainsi d’acquérir des compétences dans un domaine qui peut devenir, à leur tour, une source d’activité.
Ces formations représentent également une activité économique pour Obed.
Il demande une contribution destinée notamment à couvrir les frais d’électricité, de papier et les autres dépenses nécessaires au fonctionnement de son espace de travail.
Le modèle est simple : travailler, transmettre et permettre à d’autres d’apprendre à leur tour.
Son parcours l’amène également à questionner les représentations souvent associées aux réfugiés.
Pour Obed, l’exil ne signifie pas l’arrêt de la vie professionnelle.
« Pour un réfugié, la vie continue et nous devons travailler », affirme-t-il.
Il encourage ainsi ceux qui restent encore sans activité à ne pas attendre nécessairement de trouver une opportunité idéale.
La formation peut être une porte d’entrée vers d’autres métiers, qu’il s’agisse de l’audiovisuel, de la maçonnerie, de l’agriculture ou d’autres domaines.
Pour lui, travailler permet non seulement de répondre à ses propres besoins, mais aussi de participer à la vie de la communauté et, lorsque cela est possible, d’aider d’autres personnes vulnérables.
Son message est donc aussi un appel à sortir de l’attente et à chercher une voie correspondant à ses capacités.
À Mahama, le parcours d’Obed raconte ainsi une autre facette de l’exil : celle d’un réfugié qui se forme, entreprend, investit dans son activité et transmet à son tour ses compétences.
Son appareil photo et son ordinateur sont devenus des outils de travail, mais ils racontent aussi quelque chose de plus grand : la volonté de reconstruire une vie professionnelle malgré les contraintes du déplacement.
Obed n’avait pas commencé avec toutes les ressources nécessaires. Il a commencé avec une formation, un réseau, quelques équipements prêtés et la conviction qu’il fallait travailler.
Comme lui, d’autres réfugiés développent leurs compétences et construisent des parcours dans l’entrepreneuriat, les métiers manuels, les arts, la médecine, l’ingénierie et bien d’autres secteurs.
Parce qu’au-delà du statut de réfugié, il y a toujours une personne capable d’apprendre, de créer, de travailler et de contribuer à la société qui l’accueille.
Découvrez le reportage complet consacré à Obed Arakaza dans ce dixième épisode d’Au-delà de l’exil:
Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.
