La situation alimentaire du Burundi devrait connaître une amélioration au cours de la période allant de juin à septembre 2026, mais cette évolution positive ne doit pas masquer la fragilité persistante des conditions de vie d’une partie importante de la population.

Selon la dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), publiée le 4 août 2026, la hausse des prix alimentaires, l’accès limité aux marchés, les chocs climatiques et la vulnérabilité des ménages continuent de peser lourdement sur la sécurité alimentaire du pays.

L’analyse projette à environ 1,02 million le nombre de personnes qui devraient se trouver en Phase 3 de l’IPC ou au-delà entre juin et septembre 2026, soit près de 8 % de la population analysée.

Cette estimation représente une diminution d’environ 750 000 personnes par rapport à la situation observée en avril-mai.

L’amélioration attendue est principalement liée à l’arrivée des récoltes de la saison agricole 2026B, prévue entre juin et août.

L’augmentation de la disponibilité alimentaire devrait permettre aux ménages agricoles de reconstituer leurs stocks et contribuer à un meilleur approvisionnement des marchés.

Toutes les zones de moyens d’existence devraient ainsi se retrouver en Phase 2 de l’IPC, correspondant à une situation de « Stress ».

Les dépressions du Nord et la Plaine de l’Imbo, qui figurent parmi les territoires les plus affectés durant la période actuelle, devraient également connaître une amélioration.

Cette évolution pourrait apporter un soulagement significatif aux ménages confrontés aux difficultés d’accès à la nourriture.

Mais cette amélioration reste fragile et dépend de plusieurs conditions.

Elle repose notamment sur des conditions climatiques favorables, une campagne agricole normale et l’absence de nouveaux chocs économiques majeurs.

Le Burundi demeure particulièrement exposé aux variations climatiques en raison de la forte dépendance des ménages à l’agriculture pluviale.

Les prévisions pluviométriques de l’Institut géographique du Burundi constituent donc un élément déterminant pour la production agricole et, par conséquent, pour la sécurité alimentaire des prochains mois.

L’éventualité d’un épisode El Niño plus précoce que prévu représente à cet égard un risque supplémentaire.

Une perturbation du régime des précipitations pourrait affecter les rendements agricoles et réduire les revenus des ménages qui dépendent directement de l’agriculture.

Dans un pays où les possibilités de diversification économique restent limitées pour une grande partie de la population rurale, un choc climatique peut rapidement se transformer en problème alimentaire.

La Plaine de l’Imbo devrait rester la zone la plus affectée au cours de la période projetée, avec environ 15 % de sa population en Phase 3 de l’IPC ou au-delà.

Plusieurs autres zones devraient également conserver des poches de populations en situation de Crise.

Cette situation montre que les progrès attendus à l’échelle nationale ne bénéficieront pas nécessairement à toutes les populations de manière uniforme.

Les ménages pauvres et très pauvres restent les plus exposés.

Ils disposent de moyens d’existence peu diversifiés et dépendent fortement de l’agriculture pluviale, de la vente de main-d’œuvre agricole et des marchés pour satisfaire leurs besoins alimentaires.

Lorsque les prix augmentent, que les revenus diminuent ou que les possibilités de travail se réduisent, leur capacité à se procurer suffisamment de nourriture est immédiatement fragilisée.

Les données de la dernière enquête FSMS illustrent cette vulnérabilité.

Selon les résultats présentés dans l’analyse, 67 % des ménages dépendent de plus de deux activités de subsistance, tandis que 19 % n’en dépendent que d’une seule.

Cette situation limite les capacités de certains ménages à absorber les conséquences d’un choc économique, climatique ou agricole.

Les rapatriés et les personnes déplacées internes font également partie des groupes particulièrement vulnérables.

Pour ces populations, la reconstitution des moyens d’existence demeure souvent insuffisante, ce qui complique leur retour à une autonomie économique et alimentaire durable.

Leur situation nécessite donc une attention particulière, notamment dans les zones qui accueillent un nombre important de personnes récemment revenues ou déplacées.

La comparaison avec le précédent cycle IPC est également préoccupante.

La proportion de la population en Phase 3 de l’IPC ou au-delà est passée de 10 % à 14 %, soit une augmentation d’environ 600 000 personnes.

Cette progression traduit une détérioration de la situation alimentaire par rapport à l’année précédente, malgré l’amélioration attendue pour les mois à venir.

Plus préoccupant encore, l’analyse fait état d’une forte prévalence de personnes en Phase 4 de l’IPC, correspondant à une situation d’« Urgence », durant la période d’avril-mai 2026.

Il s’agit d’un niveau de gravité particulièrement important puisque, selon l’IPC, aucune population n’avait connu une insécurité alimentaire aiguë aussi sévère au Burundi au cours des quatre derniers cycles d’analyse.

Cette situation met en évidence le caractère particulièrement fragile de la sécurité alimentaire dans le pays.

L’arrivée des récoltes peut certes offrir un répit aux ménages, mais elle ne suffit pas à éliminer les causes structurelles de leur vulnérabilité.

Les prix élevés, les difficultés d’accès aux marchés, la dépendance à l’agriculture pluviale et la faible diversification des moyens d’existence continuent de représenter des obstacles majeurs.

Dans ce contexte, le maintien d’une assistance ciblée demeure essentiel.

Les populations vivant dans les zones actuellement classées en Phase 3 de l’IPC ainsi que les communautés accueillant un nombre important de rapatriés devraient continuer à bénéficier d’un soutien adapté à leurs besoins.

L’objectif est d’éviter que les ménages déjà fragilisés ne basculent dans des situations plus sévères en cas de nouveau choc.

Cependant, l’aide humanitaire ne saurait constituer à elle seule une réponse durable.

La consolidation de la sécurité alimentaire nécessite également des investissements dans le renforcement des moyens d’existence, l’amélioration de l’accès aux intrants agricoles, le suivi régulier des marchés et le développement de mécanismes capables d’anticiper les chocs climatiques et économiques.

Le Burundi se trouve ainsi face à un paradoxe.

Les perspectives pour juin-septembre 2026 sont meilleures grâce aux récoltes attendues, avec une baisse projetée du nombre de personnes en Phase 3 ou au-delà.

Mais, dans le même temps, le pays sort d’une période marquée par une aggravation importante de l’insécurité alimentaire et par l’apparition de populations en situation d’Urgence.

La baisse attendue à environ 1,02 million de personnes en Phase 3 ou plus doit donc être considérée comme une amélioration à consolider plutôt que comme la fin de la crise.

Le véritable enjeu sera de profiter de cette période de répit pour renforcer la résilience des ménages les plus vulnérables et réduire leur dépendance aux facteurs susceptibles de provoquer une nouvelle détérioration.

Sans action durable sur les moyens d’existence, la production agricole, l’accès aux marchés et l’anticipation des risques climatiques, un nouveau choc pourrait rapidement effacer les progrès réalisés.