« Nous sommes réfugiés, mais, nous sommes venus avec nos mains, nous sommes venus avec nos cerveaux. » Pour Éric Karorero, être réfugié ne signifie pas être privé de capacités, ni devoir attendre passivement l’aide des autres.

Arrivé au Rwanda en mars 2017, ce Burundais a connu plusieurs métiers avant de devenir enseignant. Aujourd’hui, il transmet le français à des élèves issus de différentes cultures et met également son savoir au service de sa communauté.

Son parcours raconte une autre dimension de l’exil : celle d’une personne qui, malgré les ruptures et les difficultés liées au déplacement, continue à travailler, à apprendre et à mettre ses compétences au service des autres.

Père de trois enfants, Éric Karorero est réfugié burundais au Rwanda depuis mars 2017. Avant de prendre le chemin de l’exil, il étudiait la psychologie clinique et sociale à l’université au Burundi.

Son arrivée dans un nouveau pays l’a cependant confronté à la nécessité de reconstruire son quotidien et de trouver de nouvelles possibilités professionnelles.

« Jeune que j’étais, je me suis battu. J’ai fait des boulots d’ici et là, j’ai servi dans des bars, j’ai travaillé comme cuisinier dans des hôtels de Kigali », raconte-t-il.

Il a également été gérant de bars.

Des expériences éloignées de sa formation initiale, mais qui lui ont permis de continuer à avancer dans un contexte qu’il décrit lui-même comme difficile.

« J’ai essayé de m’adapter à la vie, m’adapter à la situation des réfugiés. Ce n’était pas facile », explique-t-il.

Pour Éric, ces difficultés ne doivent toutefois pas conduire à réduire les réfugiés à leur vulnérabilité. Il conteste directement l’idée selon laquelle une personne qui a fui son pays aurait perdu, avec son lieu d’origine, ses capacités et ses moyens de contribuer.

« Un réfugié, c’est vrai, il est vulnérable, parce qu’il a quitté son pays, mais ce n’est pas à dire qu’il a quitté son pays, laissant son cerveau ailleurs. »

Son propos est sans détour : le statut de réfugié ne fait pas disparaître les compétences, les connaissances ou la volonté de travailler.

« Nous sommes réfugiés, nous sommes venus avec nos mains, nous sommes venus avec nos cerveaux. »

Pour lui, les réfugiés peuvent eux aussi participer à la vie de la société, travailler, développer des initiatives et contribuer à la communauté qui les accueille.

Son propre parcours en constitue une illustration.

Après plusieurs expériences professionnelles, Éric s’est progressivement orienté vers l’enseignement. Sa formation en psychologie lui a permis de trouver dans cette profession un prolongement naturel de ses connaissances.

Il commence à enseigner autour de 2020 et acquiert progressivement de l’expérience dans l’enseignement primaire et secondaire. Il a également enseigné le français dans deux universités privées au Rwanda.

Cette évolution professionnelle est le résultat d’une persévérance qu’il revendique.

« Je n’ai jamais baissé les bras. Je travaille pour que ma famille puisse avoir quoi mettre sous la dent », affirme-t-il.

Aujourd’hui, Éric enseigne le français langue étrangère dans une école internationale suivant le système Cambridge, où il côtoie des élèves de différentes cultures.

Son propre parcours d’exil lui permet, selon lui, de mieux comprendre cet environnement multiculturel.

Mais son rôle ne s’arrête pas à la salle de classe.

Au sein de la communauté burundaise au Rwanda, il participe à certaines activités culturelles, effectue des recherches sur l’histoire du Burundi et partage ses connaissances avec ceux qui en ont besoin.

« Je contribue, j’enseigne, je fais des recherches sur l’histoire du Burundi et j’enseigne les moins informés. »

À travers son métier et ses activités communautaires, Éric voit ainsi sa présence au Rwanda comme une possibilité de contribuer à plusieurs niveaux : à sa propre famille, à la communauté burundaise et, plus largement, à la société dans laquelle il vit.

Il exprime également sa reconnaissance envers le Rwanda, qu’il considère comme un pays lui ayant offert un espace pour travailler et reconstruire sa vie.

« Grand merci au pays qui nous a tendu la main, au pays qui nous a donné un espace pour travailler, pour contribuer et pour nous aider. »

Pour Éric, travailler pendant l’exil représente aussi une manière de préparer l’avenir. Même s’il envisage un éventuel retour au Burundi, il souhaite pouvoir y retourner avec une expérience et des ressources acquises au cours de son parcours.

« Nous aurons un petit capital qui nous aidera juste à nous installer parmi les nôtres, parce que nous n’avons pas croisé les bras au Rwanda. »

Son parcours porte ainsi un message qui dépasse sa propre histoire.

Il invite à regarder les réfugiés autrement que par leur statut administratif ou leurs besoins immédiats : comme des personnes qui peuvent également travailler, apprendre, transmettre, entreprendre et contribuer lorsqu’elles disposent d’un espace pour exercer leurs capacités.

L’histoire d’Éric Karorero rappelle que l’exil peut bouleverser une trajectoire sans effacer les compétences de celles et ceux qui le vivent.

Derrière le statut de réfugié, il y a aussi une personne, son expérience, son savoir et ce qu’elle choisit de construire.

Éric est aujourd’hui enseignant au service du savoir et de la transmission.

Au-delà de l’exil, il y a aussi ce que l’on devient, ce que l’on apporte et ce que l’on choisit de construire.

Découvrez le reportage complet consacré à Éric Karorero dans ce cinquième épisode de Au-delà de l’exil.

Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.