« Un réfugié, lui aussi, a des ambitions et peut travailler. » À Mahama, dans l’Est du Rwanda, Mutesi Alice en fait la démonstration à travers son atelier de couture. Elle a choisi de transformer une formation acquise dans le camp en une activité qui lui permet aujourd’hui de générer des revenus, de répondre à ses besoins et de construire progressivement son autonomie.
Dans le camp de Mahama, les parcours des réfugiés ne se résument pas aux difficultés de l’exil ou à la dépendance à l’assistance humanitaire. Certains se forment, entreprennent et cherchent à construire, avec les moyens dont ils disposent, une vie plus stable.
Alice fait partie de celles qui ont choisi cette voie.
Lorsqu’une formation en couture est proposée dans le camp, elle décide de s’inscrire. Elle aime coudre et veut apprendre davantage.
Les six premiers mois de formation lui permettent d’acquérir les bases du métier, mais elle estime que cela ne suffit pas pour se spécialiser.
Elle choisit alors de poursuivre sa formation pendant six mois supplémentaires.
Dans la couture, explique-t-elle, la maîtrise du métier demande du temps, notamment pour apprendre les différents styles et les différentes formes de vêtements.
Mais la formation n’est qu’une première étape.
Une fois les apprentissages terminés, une autre réalité se présente : trouver un emplacement pour travailler et surtout disposer d’une machine à coudre.
Pour Alice, le passage de la formation à l’activité professionnelle nécessite donc de nouvelles démarches et du soutien.
Elle finit par bénéficier d’un financement qui lui permet d’acquérir sa machine et de trouver un meilleur emplacement pour installer son activité.
Son atelier devient alors un espace de travail, mais aussi un moyen de gagner progressivement son autonomie.
« Dans la vie quotidienne, quand on a une activité qui fonctionne et qu’on trouve des clients, même si cela permet seulement de gagner un revenu pour la journée, c’est déjà une bonne chose », explique-t-elle.
Pour Alice, la valeur de son activité ne se mesure donc pas uniquement au montant des revenus générés. Chaque client représente une possibilité de répondre aux besoins du quotidien.
Une commande peut permettre de trouver de quoi manger pour la journée, mais aussi de mettre quelque chose de côté pour le lendemain.
Cette capacité à générer ses propres revenus change aussi son rapport à l’avenir.
Son activité lui permet de ne plus dépendre entièrement des autres et de construire, progressivement, une forme de sécurité pour elle-même.
Mais au-delà de son propre parcours, Alice veut aussi remettre en question les préjugés qui entourent les réfugiés.
Elle refuse notamment l’idée selon laquelle le statut de réfugié serait synonyme d’inactivité ou d’absence d’ambition.
À ses yeux, les personnes réfugiées ont elles aussi des capacités, des projets et la volonté de travailler lorsqu’elles disposent des conditions nécessaires pour le faire.
« Un réfugié, lui aussi, a des ambitions et peut travailler », affirme-t-elle.
Dans le camp de Mahama, elle constate d’ailleurs que de nombreuses personnes exercent déjà différentes activités.
Son message s’adresse particulièrement aux femmes qui hésitent encore à se lancer.
Elle les encourage à se rapprocher de celles qui ont déjà commencé, à apprendre auprès d’elles et à explorer les possibilités qui existent, que ce soit dans la couture, les salons de beauté ou d’autres activités.
Pour Alice, commencer quelque part est déjà une manière d’avancer.
L’objectif n’est pas nécessairement de commencer grand, mais de développer progressivement une compétence et d’en faire une source d’autonomie.
Son parcours montre ainsi que derrière le statut de réfugié se trouvent aussi des personnes qui apprennent, travaillent, prennent des risques et cherchent à construire leur avenir.
À Mahama, son atelier de couture raconte cette réalité à une échelle modeste, mais concrète. Une formation, une machine à coudre, quelques clients et la volonté de continuer peuvent suffire à transformer une compétence en activité et une activité en perspective d’avenir.
Nous sommes réfugiés, mais au-delà de ce statut, nous avons des ambitions et des rêves à réaliser.
Comme Alice, qui fait de la couture un moyen de répondre aux besoins de sa famille, d’épargner et de construire son autonomie, d’autres réfugiés développent eux aussi des parcours professionnels dans différents domaines.
Des entrepreneurs, des médecins, des ingénieurs et bien d’autres professionnels montrent qu’un statut de réfugié ne suffit pas à définir ce qu’une personne peut devenir.
Découvrez le reportage complet consacré à Mutesi Alice dans ce neuvième épisode d’Au-delà de l’exil.
Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.
