
« Être réfugié ne signifie pas être limité : nous avons des compétences, de l’intelligence, des connaissances et la capacité de travailler et d’entreprendre comme les autres. »À Kigali, Lionel Ninteretse, connu sous le nom de « Manager », refuse de laisser son statut de réfugié définir les limites de ce qu’il peut accomplir.
Réfugié burundais au Rwanda depuis 2015, il a progressivement reconstruit sa vie autour de deux domaines qui lui tiennent à cœur : l’hôtellerie et le football.
Marié et père de quatre enfants, Lionel passe plus d’une décennie au Rwanda.
Comme beaucoup de personnes contraintes de quitter leur pays, son arrivée en exil ne s’est pas faite avec un parcours tracé d’avance. Il a fallu s’adapter à un nouvel environnement, comprendre ses réalités et surtout trouver les moyens de continuer à avancer.
« Le défi ne peut pas manquer parce que c’est normal comme réfugié. On n’a pas programmé de quitter notre pays », explique-t-il.
Pour Lionel, l’exil impose une nouvelle réalité : même après plusieurs années, le sentiment d’être étranger ne disparaît pas complètement.
Il évoque les limites auxquelles peuvent être confrontés les réfugiés dans certains domaines professionnels, ainsi que l’absence d’appui pour certains projets.
Mais cette situation ne l’a pas conduit à renoncer. Au contraire, il dit avoir appris à compter sur ses propres efforts.
Cette volonté de rester debout va progressivement prendre une dimension professionnelle.
Hôtelier de formation, Lionel avait déjà travaillé dans ce secteur au Burundi. Une fois au Rwanda, il poursuit dans la même voie et accumule plusieurs années d’expérience.
Mais il ne s’arrête pas au travail salarié.
Il commence également à investir dans ses propres activités, notamment dans les hôtels, les bars et les restaurants.
Son parcours entrepreneurial prend alors une dimension collective.
En développant ses activités, Lionel cherche aussi à créer des possibilités pour d’autres membres de sa famille et de son entourage.
« J’essaie aussi d’investir dans les hôtels, bars, restaurants et ainsi de suite. C’est ma passion, c’est quelque chose que j’aime. »
Ses activités lui permettent également de participer à l’économie de son pays d’accueil, notamment à travers les emplois créés et les obligations fiscales liées à ses entreprises.
Pour lui, contribuer ne signifie donc pas seulement avoir une activité pour soi-même, mais aussi créer de la valeur autour de soi.
L’hôtellerie n’est pourtant qu’une partie de son parcours.
Lionel s’intéresse également au football, un domaine dans lequel il décide d’investir en créant une entreprise de management. Il accompagne des joueurs et facilite leur mobilité vers différents marchés, notamment en Afrique de l’Ouest, au Maghreb et au Burundi.
Cette double activité lui permet de participer à deux secteurs importants de la vie économique et sociale : le tourisme et le sport. Il observe notamment l’évolution du football rwandais et les nombreuses compétitions et manifestations qui contribuent à son développement.
Mais au-delà de son propre parcours, Lionel veut surtout remettre en question une perception qu’il considère comme profondément réductrice.
Dans la région des Grands Lacs, les réfugiés burundais peuvent parfois être associés à des représentations qui les réduisent à leur vulnérabilité et à leur dépendance à l’aide humanitaire.
Pour Lionel, cette vision ne correspond pas à la réalité.
« Être un réfugié, ce n’est pas un péché, ce n’est pas dire un handicapé, un réfugié, ce n’est pas dire quelqu’un en trouble mental. »
Il insiste sur une évidence que les stéréotypes peuvent parfois faire oublier : les personnes réfugiées arrivent avec leurs connaissances, leurs expériences et leurs capacités.
Le déplacement forcé change leur situation, mais ne fait pas disparaître ce qu’elles ont appris ni ce qu’elles sont capables de construire.
« On a des diplômes comme d’autres personnes, on a étudié comme d’autres personnes, on a les bras comme d’autres personnes, on peut travailler, on peut faire le business. »
Pour Lionel, cette capacité à travailler et à entreprendre constitue aussi une manière de reprendre le contrôle sur son propre parcours. Il encourage ainsi les réfugiés à ne pas intérioriser les limites que leur impose parfois leur statut.
Son message s’accompagne toutefois d’une reconnaissance envers le pays qui l’a accueilli.
Lionel remercie le Rwanda pour la paix et les possibilités dont il dit avoir bénéficié depuis son arrivée.
Mais sa gratitude ne l’empêche pas de regarder vers l’avenir et d’encourager les autres réfugiés à continuer à travailler et à se former.
« Il faut qu’on reste debout. Demain, ça sera meilleur, il y a de l’espoir. »
Le parcours de Lionel raconte ainsi une autre réalité de l’exil : celle d’une personne qui, après avoir quitté son pays, a progressivement reconstruit sa vie professionnelle, investi dans l’hôtellerie, créé des opportunités pour d’autres et trouvé dans le football un nouvel espace d’action.
Son histoire rappelle surtout que derrière le mot « réfugié », il existe des professionnels, des entrepreneurs, des travailleurs et des personnes capables de contribuer à la société qui les accueille.
Les défis font partie de toute vie. Ce qui change, c’est la manière de les affronter. Et derrière un statut administratif, il peut y avoir des rêves d’innovation, d’entrepreneuriat, d’investissement et de contribution au développement.
C’est précisément ce que cherche à raconter Au-delà de l’exil : regarder la personne avant de regarder son statut.
Découvrez le reportage complet consacré à Lionel Ninteretse dans ce septième épisode d’Au-delà de l’exil.
Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.
