À Kigali, dans le district de Gasabo, la Clinique Lait du Nil accueille chaque jour des patients venus chercher des soins dentaires. Derrière cette structure installée à Kibagabaga se trouve le Dr Alphonse Rugambarara, chirurgien dentiste burundais.

Ancien minister, responsable politique burundais, il fait partie de ces réfugiés qui ont choisi de transformer l’exil en espace de contribution et de transmission.

Pour le Dr Rugambarara, la chirurgie dentaire est bien plus qu’un simple métier. Après des études médicales générales, il se spécialise dans les maladies bucco-dentaires et rappelle que la santé de la bouche influence l’ensemble du corps humain.

« La porte d’entrée des problèmes de santé, c’est avant tout au niveau de la bouche », explique-t-il, soulignant que certaines infections dentaires peuvent avoir des conséquences sur d’autres organes.

Contraint de quitter le Burundi en 2016 dans un contexte de tensions politiques, il laisse derrière lui une carrière médicale établie ainsi qu’un projet ambitieux de formation d’assistants dentaires développé avec l’Institut National de Santé Publique du Burundi – INSP.

Ce programme visait à répondre au manque de professionnels dans un secteur encore peu développé dans le pays.

« La guerre amène beaucoup de problèmes, particulièrement dans les domaines de la santé et de l’éducation », regrette-t-il.

Après un passage au Kenya, où il exerce pendant deux ans, le médecin rejoint le Rwanda en 2018.

Grâce à son expérience et à une profession fortement sollicitée dans la région, il travaille d’abord dans plusieurs cliniques avant de lancer, avec un partenaire rwandais, la Clinique Lait du Nil.

« Comme c’est une clinique privée, nous sommes assujettis aux lois du Rwanda, et notre contribution est la même que celle des autres cliniques privées », explique-t-il.

Une manière de rappeler que les réfugiés peuvent aussi participer activement à l’économie et au développement de leur société d’accueil.

Mais son engagement dépasse le domaine médical.

À travers sa plateforme Itorero Burundi, inspirée des traditions burundaises de transmission du savoir, il accompagne des jeunes intéressés par le leadership et la compréhension de l’histoire politique du Burundi.

Son objectif : encourager l’émergence d’une génération capable de construire une paix durable et de mieux comprendre les réalités historiques et sociales de leur pays.

Son parcours illustre une autre réalité souvent absente des récits sur les réfugiés : celle de femmes et d’hommes qui continuent à créer, travailler, investir et participer activement au développement des sociétés qui les accueillent.

Reconnaissant envers le Rwanda pour les opportunités offertes aux réfugiés, le Dr Rugambarara souligne l’importance de cet environnement d’accueil.

« Au niveau du Rwanda, les réfugiés burundais, congolais ou autres sont vraiment bien accueillis », affirme-t-il, avant d’ajouter : « Nous en sommes très reconnaissants. »

Il appelle également ses compatriotes à préserver les valeurs de respect, de travail et de bonne cohabitation au sein de leur communauté d’accueil.

Pour lui, le regard porté sur les réfugiés mérite d’évoluer.

À travers son histoire, le Dr Alphonse Rugambarara rappelle qu’au-delà des frontières et des crises, l’exil peut aussi devenir un espace de résilience, d’innovation et d’engagement au service de la communauté.

« On nous appelle réfugiés. Mais derrière ce mot existent des parcours, des rêves et des contributions qui transforment nos sociétés. » Au-delà de l’exil…

 

Découvrez ici le reportage complet consacré au Dr Alphonse Rugambarara, dans ce premier épisode de Au-delà de l’exil.

Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.