Les stéréotypes associés aux réfugiés sont souvent tenaces. Dans l’imaginaire collectif, ils sont parfois réduits à des personnes dépendantes de l’aide humanitaire et de l’assistance internationale. Pourtant, depuis plusieurs années, les financements destinés aux réfugiés burundais dans les pays d’Afrique de l’Est sont largement insuffisants, comme l’avait déjà signalé le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en 2019.

Face à cette réalité, de nombreuses initiatives portées par des réfugiés viennent contredire ces préjugés.

Certaines créent des emplois, développent des activités économiques, fondent des organisations et contribuent activement au développement des communautés qui les accueillent.

À Muhanga, dans la Province du Sud du Rwanda, des réfugiés burundais regroupés au sein du Forum pour la Mémoire Vigilante (FMV) ont ainsi mis en place une initiative de solidarité et de développement appelée SURAM.

Cette structure rassemble des réfugiés burundais et des partenaires rwandais autour d’activités économiques et sociales destinées à renforcer l’autonomie des communautés et à promouvoir le développement local.

Parmi les membres de l’initiative figure Alphonsine Ngabirano, réfugiée burundaise enregistrée auprès du HCR dans le camp de Mahama.

Pour elle, le parcours de SURAM témoigne de la détermination de ses fondateurs.

« Ce projet a été lancé par des Burundais qui se sont unis et ont commencé avec très peu de moyens. Petit à petit, ils ont grandi jusqu’à obtenir l’autorisation officielle d’exercer leurs activités au Rwanda par le RDB. »

Aujourd’hui, SURAM développe plusieurs activités génératrices de revenus.

Parmi elles figure la fabrication et la commercialisation de cuisinières améliorées (Imbabura) destinées à réduire l’utilisation du charbon de bois et à promouvoir des solutions plus respectueuses de l’environnement.

L’organisation intervient également dans le secteur touristique et facilite la mise en relation entre producteurs et acheteurs, notamment dans la filière de la culture des champignons.

Pour Alphonsine, cette initiative a également représenté une opportunité personnelle.

« Après mon arrivée dans le camp, j’ai appris qu’un réfugié pouvait également vivre en dehors du camp. J’ai ensuite eu l’opportunité de suivre une formation en culture de champignons, puis SURAM m’a accueillie et m’a offert un cadre pour travailler. »

Au-delà des activités économiques, SURAM favorise la collaboration entre réfugiés et communautés locales.

Selon ses membres, cette coopération constitue un levier important pour le développement et le vivre-ensemble.

Parmi eux, Nzayisenga Liliane, une jeune Rwandaise qui travaille avec SURAM durant les week-ends tout en poursuivant ses études.

« Même si SURAM a été fondé par des Burundais, nous y travaillons aussi en tant que Rwandais. En ce qui me concerne, je suis étudiante et je travaille avec eux les week-ends. Cette collaboration m’aide beaucoup : j’apprends de nouvelles compétences et je gagne un revenu qui me permet de couvrir certaines de mes dépenses. »

Jean Baptiste, également Rwandais, participe quant à lui à la fabrication et à la vente des cuisinières écologiques.

« Les bénéfices sont nombreux. Nous travaillons dans une bonne ambiance, avec des personnes bienveillantes qui nous ont donné une opportunité d’emploi. Aujourd’hui, nous ne sommes plus sans activité et nous pouvons gagner un revenu grâce à notre travail. »

Ces témoignages remettent en question une idée encore répandue selon laquelle les réfugiés seraient incapables de contribuer au développement économique ou de créer des opportunités pour les autres.

Pour les membres de SURAM, les réfugiés possèdent des compétences, du savoir-faire et un potentiel souvent sous-estimé.

Ils expriment également leur gratitude envers le Rwanda et ses autorités pour leur avoir offert la possibilité de travailler, d’entreprendre et de participer pleinement à la vie économique du pays.

« Je tiens avant tout à remercier le gouvernement du Rwanda, qui accueille les personnes venues d’horizons différents et leur garantit la sécurité ainsi que la possibilité d’exercer pleinement leurs droits. »

Liliane partage le même constat.

« Ceux qui pensent que les réfugiés ne sont capables de rien se trompent. Aujourd’hui, ce sont eux qui me donnent du travail et qui créent également des opportunités pour d’autres personnes. »

Les membres de SURAM se réjouissent aujourd’hui des résultats obtenus grâce à cette initiative, qui leur permet non seulement d’améliorer leurs conditions de vie, mais aussi de renforcer leur autonomie économique.

Cette vision rejoint celle de Ferdinand Ndayiragije, représentant légal du Forum pour la Mémoire Vigilante.

« L’organisation a été créée dans la majorité par des réfugiés burundais avec une vision d’éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes, satisfaire les besoins fondamentaux de la population et garantir la prospérité pour tous. »

Organisation légalement reconnue au Rwanda, le FMV participe également au développement économique à travers ses activités et le paiement des taxes et impôts prévus par la loi.

À travers SURAM, les réfugiés de Muhanga démontrent qu’au-delà du statut qui leur est souvent attribué, ils sont capables d’innover, de créer des emplois et de contribuer au développement des communautés qui les accueillent.

Le statut de réfugié raconte parfois les difficultés du passé. SURAM, lui, raconte ce qu’il est possible de construire lorsque des femmes et des hommes ont accès aux opportunités, à la confiance et à l’espoir.

Découvrez le reportage complet consacré à SURAM dans ce quatrième épisode de Au-delà de l’exil.

Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.