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Sur le plan de l’aliénation identitaire, il y a vraiment des choses absurdes. Et d’ailleurs, le prince Louis Rwagasore a écrit un article intitulé « Au pays de l’absurde ». Qu’est-ce qu’il voulait dire? Cette absurdité se retrouve justement dans la définition de nos identités par des termes inventés de toute pièce pour nous aliéner. 

Je parlerai en particulier des deux mots qui reviennent régulièrement dans les invectives de certains petits politiciens qui se croient des politiciens ou qui se croient des chercheurs. C’est les mots hamites et les mots bantous. Il y a eu dans cette même ligne d’état d’esprit la création d’autres mots que nous utilisons sans même en saisir le sens, sans même constater qu’ils viennent de ces mots hamite, bantou. Le mot hamite signifiant « Umututsi », le mot bantous signifiant « Umuhutu ».

Messieurs les historiens, mesdames et messieurs les politiciens, qu’est-ce que vous savez de ces deux mots que beaucoup utilisent de façon régulière ? D’où sont-ils venus ? Quelle est leur signification profonde ? Nous allons en discuter tout à l’heure mais je vais orienter.

Le mot hamite vient de Ham (Cham). Je sais que beaucoup le savent mais il nous faut répéter encore parce que beaucoup n’ont pas encore compris le sens de cette alienation.

Ça vient de la Bible.

Ham (Cham), un des fils de Noé qui a été maudit et qui, soi-disant, est le père des noirs, de la race noire puisque les trois fils sont ceux qui ont produit les trois grandes races. Et c’est là où le racisme a commencé parce qu’il y a eu des supérieurs et des inférieurs. Hamite est donc, d’après la Bible et d’après celui qui a mis en avant ce mot-là, John Henrich Speck, Ham est le père des noirs et qui a donné le mot hamite.

Alors j’aimerais demander aux historiens, aux intellectuels que vous êtes, comment cela se fait-il que cette orientation de départ, de maudire la race noire, il s’est trouvé après de nombreuses années, de nombreux écrits, nombreuses années de colonisation, que le mot hamite soit accolé au seul les “Batutsi” de la région des Grands Lacs ?

Pouvez-vous me répondre sur cette question ?

Deux, le mot bantou, à l’origine dans la classification, c’est eux qui classent les langues. Dans cette classification, bantou veut dire ceux qui parlent une langue dont le mot principal pour dire homme c’est bantu, batu, etc. Alors, dites-moi, messieurs les historiens, messieurs les linguistes, encore une fois, comment nous sommes-nous retrouvés dans cette région des Grands Lacs à dire que seuls les “Bahutu” sont des bantous ?  Et pourtant, nous avons la même langue depuis des millénaires,  sans aucune autre consonance nilotique, soudanique, afro-asiatique dans la classification des langues.

Comment avons-nous pu, ou continuerons-nous à accepter cette falsification, cette alienation identitaire ? Nous devons nous poser des questions profondes, très sérieuses. Et partant, on a accolé des épithètes, des attributs moraux à ces identités prétendument ethniques.

Ça fait mal quand on peut lire dans le livre de Hans Meyer, qui est le premier à commencer à définir sur le plan moral, sur le plan physique, ces personnes, alors que dans les anciens temps, ce n’était pas le cas.

Les valeurs humaines étaient beaucoup plus importantes que le physique mais le physique découle du racisme, et ce racisme, nous savons d’où il est venu, dans cette classification raciale. Alors j’aimerais encore demander une question sur ces deux. Si Ham – Hamite, j’ai posé la question, si Hamite découle de Ham, le père des noirs, comment se fait – il que ceux qu’on appelle les Bantu ne soient pas aussi dans cette classification de noirs ? Ne sont-ils pas noirs ? Où est-ce qu’ils sont ? Où est-ce que vous les mettez dans les trois races, s’il vous plaît ? 

Je veux vous amener à cette conscience critique, à aller en profondeur de ce qu’on nous a mis dans la tête, et de sortir de les mettre devant nous, et de poser la question:

  • “Est-ce que c’est logique, ce qu’ils nous ont dit ?” 

Sans aucun sentimentalisme, c’est juste une analyse intellectuelle. Qu’est-ce que ça signifie ? D’où ça vient ? Pourquoi cette définition s’applique comme ça ? 

Il était important que nous fassions ce genre d’exercice, pour que la capacité de penser revienne, la capacité de se critiquer et de critiquer ce qu’on nous colle dessus revienne. Nous ne devenons ce que nous sommes que par la négation intime et radicale de ce qu’on a fait de nous.

Faisons donc un effort pour devenir ce que nous sommes. Et cet effort-là passe par la critique.

À suivre dans les Archives de la Voix de la Conscience Critique : Série « Désaliénation » – Épisode 2.

 

Podcast série – Thème : “Voix de Conscience Critique” – Avec le soutien d’Itorero Burundi.