En déclarant, le 28 juillet 2026, la fin de son neuvième épisode d’Ebola, l’Ouganda n’a pas seulement annoncé la victoire sur une épidémie. Il a aussi ouvert un débat qui pourrait dépasser ses frontières : faut-il encore attendre systématiquement 42 jours avant de considérer qu’une transmission du virus est interrompue ?

La question est d’autant plus sensible que la déclaration ougandaise n’a pas été immédiatement accompagnée d’un message de félicitations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ni de son siège à Genève, ni de ses bureaux africain et ougandais.

Pourtant, Kampala se voulait catégorique.

Le ministre de la Santé, Chris Baryomunsi, annonçait que l’Ouganda était désormais « Ebola-free », après une flambée qui avait fait 20 cas confirmés et deux décès.

Une épidémie contenue, mais une situation régionale préoccupante

L’épisode de 2026 présente une particularité majeure.

Contrairement aux précédentes flambées, le virus n’est pas apparu en Ouganda : il a été importé de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Quinze Congolais infectés avaient franchi la frontière pour venir se faire soigner. Quatre agents de santé ougandais et un chauffeur avaient ensuite été contaminés.

Mais, au-delà de ces cinq infections secondaires, la transmission s’est arrêtée.

La situation était cependant beaucoup plus grave de l’autre côté de la frontière.

Fin juillet, l’Est de la RDC faisait face à la plus importante flambée de virus Ebola de type Bundibugyo jamais enregistrée, avec plus de 3 200 infections confirmées et 1 400 décès.

Cette proximité constituait une menace permanente pour l’Ouganda et les axes reliant la région au Soudan du Sud.

Kampala a donc pris des mesures drastiques : fermeture de points de passage avec la RDC, renforcement de la surveillance, restrictions sur certains rassemblements et suspension temporaire de marchés.

Le gouvernement est même allé jusqu’à reporter les célébrations de la Journée des Martyrs à Namugongo, afin d’éviter ce que le ministre de la Santé qualifiait de possible événement « super spreader ».

La transparence, un paradoxe coûteux

L’épidémie a aussi révélé un autre problème : le coût économique de la transparence sanitaire.

Les alertes internationales ont entraîné des annulations dans les hôtels, des pertes pour les opérateurs touristiques et des ajustements dans les services aériens. Certains pays du Golfe avaient temporairement suspendu les voyages depuis l’Ouganda.

Pour Diana Atwine, secrétaire permanente au ministère de la Santé, le pays a même été victime de son efficacité et de sa transparence.

Plus Kampala communiquait sur l’épidémie, plus les restrictions et les conséquences économiques semblaient s’accroître.

Ce paradoxe est essentiel : en période d’épidémie, la transparence est indispensable à la coopération internationale, mais elle peut aussi provoquer des réactions qui dépassent largement le risque sanitaire réel.

La règle des 42 jours face à la science moderne

La règle contestée par l’expérience ougandaise repose sur une logique prudente.

Puisque la période d’incubation de l’Ebola peut atteindre 21 jours, deux cycles complets, soit 42 jours, sont traditionnellement observés après la dernière exposition potentielle avant de déclarer la fin d’une transmission.

Cette précaution s’est imposée après plusieurs épisodes où de nouvelles infections étaient apparues après une première impression de victoire.

Mais l’Ouganda estime que les outils actuels permettent désormais d’obtenir une connaissance beaucoup plus précise d’une épidémie.

Les diagnostics moléculaires rapides, le séquençage génomique, la surveillance numérique et le suivi des contacts en temps réel permettent de reconstituer les chaînes de transmission avec une précision autrefois impossible.

Dans le cas de 2026, les autorités affirment avoir identifié la source, relié tous les cas ougandais à des patients venus de RDC et suivi les contacts sans détecter de transmission communautaire cachée.

Dès lors, Kampala pose une question fondamentale : lorsque toutes les chaînes de transmission sont clairement établies, le calendrier doit-il rester le seul indicateur de certitude ?

Une victoire qui appelle à la prudence

Pour autant, l’Ouganda ne demande pas l’abandon de la règle des 42 jours.

L’OMS maintient ses recommandations et rappelle qu’une fin d’épidémie ne signifie pas la disparition du virus.

Une surveillance renforcée doit se poursuivre pendant plusieurs mois et la prise en charge des survivants doit continuer bien après la fin officielle de la flambée.

L’Ouganda lui-même maintient la vigilance aux frontières et renforce sa coopération avec la RDC, notamment à travers des laboratoires mobiles et une unité de traitement de 80 lits.

Au fond, l’épisode de 2026 ne condamne pas la règle des 42 jours. Il en révèle plutôt les limites possibles dans un monde où la surveillance épidémiologique devient de plus en plus précise.

La prudence reste indispensable face à un virus qui a déjà déjoué les certitudes scientifiques. Mais l’expérience ougandaise pose désormais une question que la santé publique internationale devra tôt ou tard examiner : quand la science permet de mieux mesurer le risque, le temps doit-il rester la principale mesure de la victoire ?