« Ce n’est pas du tout vrai qu’un réfugié ne fait rien et attend seulement de manger. Même si nous sommes appelés des réfugiés, c’est seulement un statut. » Dans le camp de Mahama, à Kirehe, dans l’Est du Rwanda, Béatrice Kwizerimana oppose son expérience à cette image réductrice.

Réfugiée burundaise, elle fabrique et vend du savon liquide pour faire vivre sa famille, épargner et préparer l’avenir.

Son parcours raconte une autre réalité de l’exil : celle de personnes qui travaillent, entreprennent et cherchent, avec leurs propres moyens, à construire leur autonomie.

Installée au camp de Mahama, Béatrice a appris à fabriquer différents types de savon grâce à des formations en entrepreneuriat et à des programmes d’accompagnement destinés aux réfugiés.

Elle cite notamment des initiatives portées par des organisations comme Caritas Rwanda et Inkomoko, qui lui ont permis d’acquérir de nouvelles connaissances et de développer ses compétences.

Mais transformer une formation en activité durable n’est pas toujours simple.

Après avoir bénéficié d’un financement accordé à un groupe de femmes, Béatrice s’est heurtée aux difficultés liées au travail collectif.

Les rythmes de travail différents et les désaccords dans l’organisation ont parfois entraîné des retards et des pertes. Elle a alors fait le choix de poursuivre seule, en s’appuyant sur ses propres économies pour investir dans son activité.

À cette difficulté s’ajoute celle de l’accès au marché. Le savon liquide qu’elle produit peut parfois rester longtemps sans trouver preneur, faute d’une demande suffisante.

Pourtant, Béatrice continue. Car derrière cette petite activité commerciale se trouve désormais une source de revenus qui lui permet de répondre aux besoins de sa famille.

« Avant, je ne faisais rien, mais aujourd’hui, j’ai une activité et je travaille », explique-t-elle.

Son commerce lui permet de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, mais aussi de continuer à avancer.

Une réalité qui rappelle que, dans les camps comme ailleurs, l’activité économique peut aussi être un moyen de retrouver progressivement de l’autonomie et de préparer l’avenir.

Son parcours prend une autre dimension lorsqu’elle revient sur les préjugés auxquels les réfugiés sont confrontés.

Pour Béatrice, être réfugié ne signifie ni être incapable de travailler, ni être condamné à dépendre de l’aide humanitaire.

« Même si nous sommes appelés des réfugiés, c’est seulement un statut », affirme-t-elle.

Elle refuse ainsi que cette situation administrative devienne une étiquette qui enferme les personnes dans la dépendance ou la vulnérabilité.

Pour elle, celles et ceux qui ont dû quitter leur pays restent capables de travailler, d’entreprendre et de contribuer à leur communauté.

Cette volonté de dépasser les préjugés s’accompagne d’un message adressé aux autres réfugiés qui pourraient se décourager face aux difficultés de l’exil.

Béatrice les invite d’abord à ne pas avoir peur, à sortir de l’isolement et à se rapprocher des autres pour mieux comprendre les opportunités qui les entourent.

Elle insiste surtout sur la nécessité de travailler et de penser à l’avenir.

« Il faut qu’un réfugié travaille », estime-t-elle, rappelant que personne ne sait de quoi demain sera fait.

Pour elle, même une petite activité, comme le commerce de beignets, peut constituer un premier pas vers l’autonomie et permettre de commencer à épargner.

À travers le parcours de Béatrice, Mahama apparaît ainsi au-delà des seules images de vulnérabilité auxquelles les réfugiés sont souvent associés.

Derrière les difficultés du déplacement se trouvent aussi des femmes et des hommes qui apprennent, travaillent, investissent leurs économies et cherchent à offrir de meilleures perspectives à leurs familles.

Béatrice ne prétend pas avoir trouvé une solution à toutes les difficultés de l’exil. Mais son activité montre qu’un petit commerce peut représenter bien plus qu’un simple moyen de subsistance : il peut devenir un espace d’autonomie, de dignité et de projection vers l’avenir.

Nous sommes réfugiés, mais au-delà de ce statut, nous avons des ambitions et des rêves à réaliser.

Comme Béatrice, qui transforme son activité en moyen de faire vivre sa famille, d’épargner et de contribuer à sa communauté, d’autres réfugiés construisent eux aussi des parcours dans l’entrepreneuriat, la médecine, l’ingénierie et bien d’autres domaines.

Parce qu’un statut administratif peut définir une situation, mais il ne suffit jamais à définir ce qu’une personne peut devenir.

Découvrez le reportage complet consacré à Béatrice Kwizerimana dans ce huitième épisode d’Au-delà de l’exil.

Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.