Le statut de réfugié est souvent associé à la dépendance, à l’assistance humanitaire et à la précarité. Pourtant, à Kigali, Arsène Bitabuzi démontre chaque jour qu’une autre réalité existe.
Réfugié burundais installé à Gikondo, dans le district de Kicukiro, Arsène est à la fois musicien, journaliste et entrepreneur culturel.
À travers son entreprise d’événementiel Arsène Rêve Réalisé, il organise des cérémonies traditionnelles, promeut la culture burundaise et crée des opportunités économiques pour de nombreuses personnes de sa communauté.
Dans son bureau, parmi les livres soigneusement rangés, une œuvre occupe une place particulière : Ubuntu – L’humanité réussie, ses roses et ses épines au Burundi du Prof Abbé Adrien Ntabona.
Pour Arsène, la lecture est une source d’inspiration, mais aussi un moyen de rester connecté à son identité.
« Ces livres m’aident à retrouver ce que, moi aussi, j’ai à transmettre à travers ma propre culture », confie-t-il.
Pour lui, préserver la culture burundaise en exil ne relève pas de la nostalgie. C’est une manière de maintenir vivant le lien avec son pays d’origine et de transmettre aux nouvelles générations des valeurs héritées de leurs ancêtres.
« Rester des Barundi accomplis, c’est garder notre culture vivante. La culture d’un pays est le fil qui nous y relie, et ce fil ne doit jamais se rompre. »
Cette conviction est au cœur de son activité professionnelle.
Lorsqu’il organise un mariage traditionnel, une cérémonie de dot ou un événement culturel, Arsène ne travaille jamais seul. Derrière chaque événement se trouve tout un réseau de collaborateurs : décorateurs, cuisiniers, photographes, musiciens, maîtres de cérémonie et artisans.
« Lorsqu’un client me sollicite pour un événement culturel burundais, je fais appel à toutes les personnes avec qui j’ai l’habitude de travailler. Nous formons une équipe, et chacun y trouve sa place. »
Au-delà de la préservation culturelle, son travail génère ainsi des revenus et crée des opportunités pour d’autres membres de la communauté.
Pour Arsène, le regard porté sur les réfugiés mérite d’être profondément repensé.
« On nous appelle réfugiés, mais au-delà de cette appellation, nous avons des parcours, des rêves et des contributions à offrir à nos sociétés. »
Installé au Rwanda, il affirme avoir trouvé un environnement qui permet aux réfugiés de travailler, d’entreprendre et de participer pleinement à la vie économique du pays.
« La chance que nous avons eue, c’est de trouver un pays qui nous a accueillis et nous a donné un choix : tendre la main ou se battre. Moi, j’ai choisi de me battre. »
Son entreprise est officiellement enregistrée au Rwanda et soumise aux mêmes obligations administratives et fiscales que toute autre entreprise du pays.
Une réalité qui contraste avec la perception souvent véhiculée des réfugiés comme simples bénéficiaires de l’aide humanitaire.
Sans nier les difficultés auxquelles font face de nombreuses familles réfugiées, Arsène reste convaincu que l’initiative individuelle et l’innovation constituent également une partie de la solution.
« Les réfugiés eux-mêmes ont une capacité d’innovation et d’initiative. Ceux qui vivent au Rwanda le prouvent chaque jour. »
À travers la musique, la culture et l’entrepreneuriat, Arsène Bitabuzi raconte une autre histoire de l’exil : celle d’un homme qui a choisi de transformer son héritage culturel en moteur de création et de contribution.
Il y a quelque chose d’éloquent dans le fait qu’Arsène Bitabuzi passe ses soirées à lire des philosophes burundais dans un appartement de Kigali, avant d’organiser le lendemain une cérémonie de dot selon les rites de son pays natal.
Ce n’est pas un tiraillement.
C’est une cohérence. Celle d’un homme qui sait d’où il vient, qui comprend où il est, et qui a décidé que les deux pouvaient coexister — non pas dans la résignation, mais dans la création.
Le statut de réfugié dit ce qu’on a perdu. Arsène Bitabuzi, lui, préfère montrer ce qu’il a construit.
Retrouvez ici le parcours d’Arsène Bitabuzi dans ce deuxième épisode de Au-delà de l’exil.
Au-delà de l’exil est une série de reportages produite par Remesha Magazine dans le cadre du Kekere Storytellers Fund, avec le soutien de Africa No Filter.
