Le débat autour des récents accords nucléaires conclus par le Rwanda avec la Russie et les États-Unis a souvent été présenté sous l’angle d’une compétition d’influence entre grandes puissances. Pourtant, une analyse plus approfondie révèle une réalité différente : Kigali met progressivement en œuvre une stratégie de diversification des partenariats destinée à soutenir une ambition nationale clairement définie, celle d’introduire l’énergie nucléaire dans son mix énergétique à l’horizon du début des années 2030.

Cette ambition ne date pas d’hier.

Dès 2018, le Rwanda signait avec la Russie un accord-cadre intergouvernemental sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.

En 2019, une feuille de route était conclue avec Rosatom lors du Sommet Russie-Afrique de Sotchi. Depuis lors, le pays a multiplié les initiatives visant à renforcer ses capacités institutionnelles, réglementaires et scientifiques dans ce secteur hautement stratégique.

La tenue à Kigali du Nuclear Energy Innovation Summit for Africa (NEISA) en mai 2026 marque une nouvelle étape dans cette trajectoire.

L’événement a abouti à la signature de plusieurs accords de coopération impliquant non seulement la Russie et les États-Unis, mais également des entreprises et institutions d’Afrique du Sud et d’Autriche.

Cette diversité de partenaires traduit une volonté assumée de ne dépendre d’aucun acteur unique.

Le mémorandum signé avec les États-Unis établit un cadre de coopération couvrant le renforcement des capacités réglementaires, la formation de la main-d’œuvre spécialisée, la recherche scientifique et le futur déploiement de technologies nucléaires avancées, notamment les Small Modular Reactors (SMR).

Parallèlement, le nouvel accord conclu avec Rosatom porte sur la médecine nucléaire, la coopération dans le domaine de la santé et la formation scientifique.

Au-delà des accords gouvernementaux, le Rwanda Atomic Energy Board a signé un accord de développement global avec la société américaine Holtec International afin d’évaluer le déploiement potentiel de réacteurs SMR-300 sur le territoire national.

Les études prévues comprennent des évaluations de sites, des analyses de faisabilité et la collecte de données techniques nécessaires à une éventuelle mise en œuvre.

À terme, le projet pourrait soutenir jusqu’à cinq gigawatts de capacité de production électrique, contribuant à renforcer la sécurité énergétique du pays tout en fournissant une énergie bas carbone.

Cette approche illustre une transformation plus large observée dans plusieurs pays africains. Les États ne cherchent plus uniquement des financements ou une assistance technique ; ils construisent des écosystèmes de coopération répondant à des objectifs nationaux précis.

Dans le cas du Rwanda, le nucléaire est envisagé non seulement comme une source d’énergie, mais également comme un levier de développement scientifique, industriel et technologique.

Les déclarations récentes des autorités rwandaises confirment cette orientation. Le president Kagame a réaffirmé l’objectif d’opérationnaliser des infrastructures nucléaires au début des années 2030, tandis que la Secrétaire d’État chargée des Affaires étrangères, Dr Usta Kayitesi, a présenté le nucléaire comme une composante essentielle de la Vision 2050 et de la diversification énergétique du pays.

Cette dynamique est également soutenue par des évolutions internationales.

Alors que les projets nucléaires étaient historiquement financés principalement par les États, les banques multilatérales de développement commencent désormais à explorer de nouveaux mécanismes de financement destinés à faciliter l’accès des économies émergentes aux technologies nucléaires civiles.

Ainsi, l’histoire qui se dessine aujourd’hui n’est pas celle d’une rivalité entre Washington et Moscou sur le sol africain. Elle est celle d’un pays qui mobilise différents partenaires internationaux pour concrétiser une vision de long terme.

À travers sa stratégie nucléaire, le Rwanda illustre l’émergence d’une diplomatie africaine davantage guidée par les priorités nationales, l’innovation technologique et la recherche de souveraineté énergétique que par les logiques traditionnelles d’alignement géopolitique.